Invitation à chanter

par Loïc Chahine · publié vendredi 17 mars 2017

L’art de l’improvisation a longtemps fait partie de ce qui était attendu d’un musicien « savant » ; l’improvisation seul, en particulier au clavier, bien sûr, mais aussi à plusieurs… et pas seulement sur une basse obstinée. La pratique de l’improvisation polyphonique demeure fondamentale jusqu’au xvie siècle. Un savoir-faire perdu ? Pas tout à fait : quelques ensembles (comme Obsidienne) perpétuent encore cette tradition, et le présent ouvrage propose à ses lecteurs de les initier à cette technique selon les règles en usage aux xve et xvie siècles.

Ce n’est pas à partir de rien, de la seule imagination, que ces règles sont ici développées : cette méthode est construite à partir des traités anciens (une bibliographie en fin de volume rappelle les principaux), mais aussi du répertoire imprimé, et d’une expérience de l’enseignement (Barnabé Janin est lui-même professeur au CNSMD de Lyon).

L’ouvrage se divise, en gros, en deux parties. La première, c’est la méthode à proprement parler, elle-même divisée en quatre parties (selon qu’on improvisera à deux, trois, quatre ou cinq voix). C’est bien entendu ce qui concerne l’improvisation à deux et trois voix qui est le plus développé ; outre que c’était probablement la pratique la plus répandue « à l’époque », c’est aussi là que s’apprennent les bases : chanter en canon, chanter en gymel (c’est-à-dire principalement à base de tierces et de sixtes), travailler avec un cantus firmus, « fleurir » les voix (c’est-à-dire en improvisant un contrepoint « qui présente une grande variété de rythmes et mêle les dissonances aux consonances », p. 35)… Bref, tout est abordé, dans un ordre soigneusement choisi, progressif.

La deuxième partie présente des mélodies de sources très diverses, sacrées comme profanes, en latin, en français, en vieil allemand, en anglais, en italien, en espagnol… La plupart on été transcrites en notation « ordinaire » ; quelques-uns sont demeurés en notation « grégorienne ».

La partie explicative est toujours claire, avec moult encarts, définitions, rappels, et exemples. C’est une méthode pour apprendre « sans professeur », comme il en fleurissait tant au xviiie siècle, mais on apprend beaucoup des exemples bien commentés, voire analysés. Les invitations à essayer sont nombreuses et bienvenues ; mais l’ouvrage s’avèrera également utile pour ceux qui désirent comprendre comment fonctionne tout un pan de la musique « Renaissance », quelles sont les règles avec lesquelles bien des compositeurs ont appris leur métier, au sens artisanal du terme.

Ajoutons que la présentation est tout à fait agréable, ce qui ajoute au plaisir de « côtoyer » le livre — puisqu’il s’agit de « chanter sur le livre », on est appelé à l’avoir d’autant plus souvent sous les yeux.

Bref, Chanter sur le livre est un livre réussi : il donne furieusement envie de réunir quelques personnes, et de s’y mettre.

INFORMATIONS

Barnabé Janin, Chanter sur le livre, Manuel pratique d’improvisation polyphonique de la Renaissance

Symétrie, 2015.

La page du livre sur le site de l’éditeur.

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