« Mon joli canari, il a pris sa volée »

par Loïc Chahine · publié samedi 3 février 2018

C’est l’histoire d’un canari — ou plutôt des canaris, car ils furent nombreux à subir la vogue des oiseaux chanteurs dans les salons du xviiie siècle. De Purcell à Moussorgsky, en passant par Rameau, Telemann et même Fauré et Saint-Saëns, Alice Julien-Laferrière a conçu ce programme varié autour de ces oiseaux sans résumer le répertoire qui les évoque aux pièces imitatives. Ainsi, on goûte de suprêmes délices dans le sommeil extrait de La Bergère de Montéclair, avec ses dissonances à l’italienne ; on s’amuse fort avec un Chat de la Sonate représentative de Biber fort enlevé, et — plus inattendu — avec un arrangement très bien sonnant du « Ballet des poussins dans leur coque » des Tableaux d’une exposition de Moussorgsky.

Inattendu, original même, parce que sans doute on n’avait jamais entendu cette pièce jouée par une flûte à bec, un violon et une guitare baroques, une viole de gambe ! — Et pourtant, « ça marche », et même très bien, et la pièce (en rondeau, d’ailleurs) recueille un franc succès auprès du public.

Autre curiosité : une espèce de boîte à musique destinée à apprendre des airs à la mode aux serins des Canaries, et appelée serinette, dont Alice Julien-Laferrière et Matthieu Bertaud font la démonstration sous les yeux amusés de spectateurs avec lesquels l’ensemble Artifices excelle à communiquer.

Il faut dire que ce n’est pas un simple concert, mise à la suite de perles musicales, toutes défendues avec inventivité, servies par la beauté du son de l’ensemble et sa vitalité. Il y a aussi cette narration qui apporte du liant entre les pièces, et crée une connivence entre public et musiciens.

Ces derniers ne se contentent pas de lire — avec un réel talent d’ailleurs, et une belle qualité tant de diction que de rendu des textes, mais surtout avec aisance et naturel, de sorte que se crée une continuité entre textes écrits et explications semi improvisées, en toute simplicité.

Caroline Dangin-Bardot chante ici avec grâce et délicatesse (« Heureux oiseaux » des Fêtes de l’Hymen et de l’Amour de Rameau enchante par son ton quasi rêveur, et résolument pastoral) et a eu l’excellente idée de chanter les deux airs de la cantate « pour la mort d’un canari chanteur » de Telemann traduits en français, de sorte que même les non-germanistes puissent comprendre ce qui se chante, dans une prosodie d’ailleurs sans accrocs.

Sans rien céder sur le terrain de la qualité musicale, l’ensemble Artifices a su créer un spectacle original et réjouissant — et point du tout artificiel, en fait.

INFORMATIONS

L’exil de l’oiseau : trajectoire mouvementée d’un canari chanteur dans l’Europe des Lumières

Concert donné le 1er février 2018 dans le cadre de la Folle Journée de Nantes.

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