Un Paris en apesanteur

par Laurianne Corneille · publié jeudi 19 septembre 2019 · ¶¶¶

Parler de cet album du Chœur de l’Armée Française et l’Orchestre de la Garde Républicaine dirigés par la cheffe lieutenante-colonelle Aurore Tillac, c’est se trouver en face d’un certain type de questions qu’il faut aussitôt balayer d’un revers de main : « Vous êtes une femme qui dirige des hommes ? — Oui, et c’est un non-événement. » « L’armée française peut-elle chanter l’amour ? — Oui, et c’est un lieu commun d’imaginer que ces deux faits puissent être antagonistes. » Imaginons donc un monde où l’on ne perdrait plus de temps à s’encombrer de ces questions obsolètes voire déplacées, qui empêchent de voir l’objet artistique.

Ici, l’on est immergé dans l’atmosphère d’un Paris élégant, ensorcelant, dansant, et luxuriant. Pour cela, on retrouve quelques « têtes » familières. Du côté des arrangements, le très poétique Matthieu Michard (cf. « Tea for two » des Frivolités parisiennes) et Cyrille Lehne, avec son sens époustouflant de la forme, apportent une variété et une richesse de climats dont chaque titre est délectable. On ne résiste pas à Ménilmontant, et Ma banlieue à moi propose une vision épatante mise en relief par des clins d’œil à Grand Corps Malade ou NTM… Côté solistes, on retrouve notamment les formidables Philippe Brocard (baryton du disque Tea for two des Frivolités parisiennes) et Mathieu Septier (ténor indispensable au septuor de Ménilmontant).

L’équilibre entre orchestre et chant se réalise parfaitement, mais surtout la direction d’Aurore Tillac est jubilatoire de souplesse et de joie. Il faut parler avec elle pour l’entendre raconter son Paris joyeux et lumineux hérité du cinéma français, celui de Carné ou Lautner, sur lequel elle est intarissable. Ce cinéma, qui a été son premier regard sur la ville et a forgé l’amour qu’elle lui porte. En outre, ce qui frappe à l’écoute du disque, à sa manière de diriger, mais aussi à sa manière de parler, c’est une propension naturelle à danser, son incroyable sens du mouvement. On entend véritablement une manière de bouger, de se balancer, et de « conduire » finalement plus que de diriger, pour ce que cette terminologie induit de souplesse féline.

C’est une envie de l’instant, un art de l’à-propos dont la finesse et l’élégance du discours qui lui permettent de réussir haut-la-main ce projet ambitieux. Éblouissant !

INFORMATIONS

Paris, je t’aime

Chœur de l’Armée Française
Orchestre de la Garde Républicaine
Aurore Tillac, dir.

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