Éloge de la Folie

par Loïc Chahine · publié mardi 3 septembre 2019 · ¶¶¶¶

La Mort de la Raison ? De fait, un vent de folie plane quasi d’un bout à l’autre sur ce nouvel opus du Giardino Armonico. Le disque réunit des pièces qui vont du XVe au XVIIe siècle, et Josquin Desprez croise Cristoforo Caresana. Vaste ambitus, mais là n’est pas l’essentiel : ici, les compositeurs passent au second plan, et les interprètes occupent le premier, avec des choix audacieux… qui justement alimentent la folie du propos.

Folie amusée de certaines des variations sur De tous bien plaine d’Alexandre Agricola (en particulier la II(a), piste 8, où le cornet dans l’aigu communie avec la basse piquée) ; folie contemplative, obsessionnelle, mais non moins délirante, à terme, de l’Upon la mi re attribué à Thomas Preston, où la flûte de Giovanni Antonini s’envole dans des divagations auxquelles répond le cornet d’Andrea Inguisciano ; folie joyeuse de certaines danses, comme ces Schiarazula Marazula, Ungarescha & Saltarello hallucinés (hallucinogènes ?) ; folie de la virtuosité du vaste ensemble instrumental, exaltant de cohésion — la pavane La morte della Ragione qui donne son titre au disque, justement, est quasi orchestrée, et la Sonata XIV de Castello sort transfigurée d’un traitement similaire, enthousiasmant —, des chromatismes de la Sonata VII Stravagante sull’Ave Maris Stella de Giovan Pietro del Buono comme des diminutions étourdissantes (par exemple la flûte à bec dans la Gagliarda de Giorgio Mainerio, ou les cornets dans La Rose de Gombert).

L’ambiance, tout de même, se calme un peu çà et là, comme dans le Puzzle Canon de Dunstable (piste 11), ou dans la fervente Déploration de la mort de Johannes Ockeghem de Josquin qui le suit. Partout brille un soin maniaque du détail (écoutez la pavane La Battaglia, anonyme : toutes les variétés y sont, des ambiances aux articulations) qui n’oblitère jamais pourtant l’entrain et l’apparente spontanéité de l’ensemble.

L’engagement et la conviction admirable (l’In Nomine Crye de Christopher Tye) du Giardino Armonico sont pour beaucoup dans l’adhésion que remporte ce projet un peu hors normes ; la jouissance des timbres et des rythmes aussi. Ajoutons que l’œil est aussi à la fête grâce à un livret richement illustré.

INFORMATIONS

La Morte della Ragione

73’07, Alpha Classics, 2019.

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