Légèreté en temps de guerre

par Loïc Chahine · publié lundi 22 avril 2019 · ¶¶¶¶

En pleine « Grande Guerre », nous voici non pas sur le front, mais à l’arrière, et plus particulièrement en Belgique. « Les théâtres », nous indique-t-on dans le livret, y « battent plein succès » en 1916 — Christophe Pirenne parle même de « résistance par le divertissement ». Le répertoire ici défendu, appartenant à ce qu’on pourrait appeler « musique légère », alterne chansons détachées, petites pièces instrumentales et « grandes fantaisies » sur des motifs d’opérettes — un genre beaucoup pratiqué en musique de chambre au XIXe siècle. Le langage musical rappelle les bandes sons de films européens des années 1920 ou 30, avec un côté facilement lyrique, voire même un peu guimauve, mais plus retenu que le style hollywoodien, des mélodies charmantes, volontiers entêtantes — en particulier celles de L’Avocate d’Hippolyte Ackermans (1917).

Le Tivoli Band se pare d’une vitalité de tous les instants, et son chef Éric Mathot s’applique à mettre en valeur l’écriture sans pourtant donner de leçon. Quelle gentille dramatisation au début de la fantaisie sur Le Charme étrange d’Ackermans ! On croirait voir les actions. Mais l’ensemble sait aussi chanter (L’Avocate lui en donne de belles occasions) — et c’est heureux, car ces passages chantants sont, à notre oreille, les plus séduisants. Regrettons toutefois que la prise de son, sans recul, ait tendance à écraser un peu les masses.

Quelques pièces font appel à une voix. Les rôles sont bien répartis : au mezzo-soprano Joëlle Charlier la gouaille — elle pourrait même aller plus loin dans ce registre, la verve satirique du Baron Zeep se trouvant finalement trop peu perceptible —, à Maxime Melnik la séduction des mélodies tendres que son ténor restitue à merveille — et avec quelle aisance ! On apprécie aussi le soin qu’il porte au mot (manifeste, par exemple dans La Valse du passé de Williem-Jan Paans).

Grâce aux recherches d’Éric Mathot et au fond qu’il a constitué, c’est un aspect généralement ignoré de l’histoire de la musique qui revient à la vie.

INFORMATIONS

The Pink Lady. Succès populaires de la Grande Guerre

Œuvres de Lauweryns, Paans, Ackermans, Egerickx, Mai, Siroux fils et Caryll.

Tivoli Band
Joëlle Charlier, mezzo-soprano
Maxime Melnik, ténor
Éric Mathot, dir.

66’15, Musique en Wallonie, 2018.

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