La charmante Arcadie

par Loïc Chahine · publié dimanche 27 janvier 2019 · ¶¶¶¶

Après une année de publications discographiques autour de l’année Couperin — il est né en 1668, 2018 marquait donc les 350 ans de sa naissance —, droit d’inventaire ! Un certain nombre de CD viennent en effet modifier sensiblement le paysage discographique, et en particulier la récente intégrale des pièces de clavecin par Carole Cerasi.

Mais plutôt qu’à cette épopée, c’est à un plus petit voyage que nous convie Brice Sailly. Plus petit ? Plus éclectique, d’abord, puisqu’il pioche dans presque tous les corpus du compositeur : les pièces de clavecin, bien sûr, mais aussi la musique de chambre (Goûts réunis et Nations), et la musique vocale profane, avec ces petits airs qui étaient fort en vogue à la fin du xviie siècle et au début xviie et qui n’avaient pas été très bien servis au disque jusque-là. Ne manque donc que la musique religieuse, qui n’avait guère sa place dans cette rêverie pastorale.

Rêverie, en effet, même si le programme part du Tic-Toc-Choc ou les Maillotins qui semble s’éveiller progressivement (Le Réveil-Matin du Premier Ordre n’est pas si loin), pour s’acheminer vers Le Dodo ou l’Amour au berceau. Mais cet amour endormi conduit surtout dans l’Arcadie idéalisée que suggère la Campagne romaine peinte par Poussin qui sert de pochette au disque. C’est elle que chantent les airs, mais c’est aussi cette vie raffinée, où l’on imagine d’aimables et cordiales disputes artistiques de bergers, que chantent les instruments.

Au clavecin, Brice Sailly développe un jeu qui se teinte souvent d’une ombre de mélancolie qui évite habilement la mollesse. Si les Ombres errantes errent justement, c’est avec une inquiétude diffuse, et les affects de La Petite Pince-sans-rire ne peuvent laisser indifférent.

Le soprano délicat et investi d’Emmanuelle De Negri trouve le moyen dans les pages vocales peu évidentes d’en faire assez sans en faire trop. Les ornements, particulièrement réussis, s’intègrent dans un discours où la phrase suspend l’auditeur.

La constante élégance de la Chambre Claire ne suffit pas à résumer ce qu’elle fait : il faut y ajouter la tendresse avec laquelle l’ensemble et le claveciniste abordent les œuvres, la générosité avec lequel ils les défendent, l’instinct sûr qui semble les guider, tant tout paraît naturel. Il règne dans ce disque une ambiance de confidence et de douceur qui contamine même les pages animées : écoutez comme la Pastorelle chantée « Il faut aimer dès on sait plaire » ou la Forlane du Troisième Concert Royal sont cajolantes et enjôleuses ! Et cettr Chaconne ou Passacaille des Nations, viscérale ! De chaque page, la Chambre Claire révèle tout le charme — maître-mot de ce disque.

INFORMATIONS

Couperin, les Muses naissantes

Emmanuelle De Negri, soprano
La Chambre Claire
Brice Sailly, clavecin et direction

67’30, Ricercar, 2018 (enregistré en 2017).

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