Des hauts et des bas

par Loïc Chahine · publié vendredi 29 septembre 2017 · ¶¶¶¶

Pour ses débuts discographiques, la claveciniste Caroline Huynh van Xuan a choisi de se consacrer à la musique anglaise — non celle, mieux connu, des « virginalistes », de William Byrd ou de John Bull, mais celle, plus tardive, des contemporains et successeurs de Purcell, jusqu’à Händel. La plupart d’entre eux, hormis ces grands noms, auxquels on peut joindre celui de Geminiani, ou, pour les plus avertis, celui de Draghi, déjà enregistré en quelques occasions, sont inconnus : Henry Hall, John Barret, William Croft…

Une bonne partie des pièces sont des grounds, c’est-à-dire des pièces écrites sur une basse obstinée — d’où le deuxième titre du disque, Underground(s). À leur côtés, quelques « All(e)mands » et Hornpipes… Les grounds peuvent légitimement susciter une certaine fascination des auditeurs, dans leur répétition un peu obsessionnelle, et le programme de ce disque pourra réjouir.

Dès la première pièce, on est surpris par les partis-pris très tranchés de Caroline Huyhn van Xuan, et surtout celui d’un jeu hyper articulé. Ces articulations très marquées peuvent même devenir assez sèches par endroits.

Ce qui frappe surtout, de prime abord, c’est le peu de richesse du son du clavecin. Le disque nous a habitués à des instruments de haut vol, et l’on se trouve ici avec un « Clavecin Zuckerman / Way monté par Caroline Huynh Van Xuan (1996), d’après Blanchet et Taskin », qui, sans nul doute, ne flatte pas l’interprète. Le son est souvent mat, en particulier dans l’aigu.

Bien sûr, ce disque n’est pas dénué de qualités. Ainsi, le parti-pris d’un jeu très articulé convient bien à certains pièces comme le Hornpipe de Henry Hall. L’Aire de William Croft est également assez réussi, mi-swing mi-impérieux. De même, le côté très assumé du jeu convient bien aux contrastes marqués du Ground de William Richardson. Mais le manque de souplesse se fait parfois cruellement sentir dans les ornements, qui paraissent parfois un peu besogneux, et il manque sans doute un travail sur la résonance de l’instrument (la pièce de Raphael Courteville, piste 24, en est un exemple assez éloquent).

D’autres pièces trouvent un ton plus doux et un jeu plus fluide, comme le Prélude de Giovanni Battista Draghi ou l’Air et Variations de Händel. De plus, Caroline Huynh van Xuan a construit son programme avec suffisamment d’art pour faire oublier la fragmentation — on oublie en effet qu’il y a là 28 petites pièces détachées, car la claveciniste parvient à insuffler une continuité au tout.

Bref, il serait excessif de parler d’un disque raté ou désagréable, et plus juste d’en noter l’inégalité. Le répertoire est bien choisi, la musicienne regorge d’idées, mais la réalisation nous laisse parfois un peu sur notre faim.

INFORMATIONS

Since in vain. Underground(s)s

Caroline Huynh van Xuan, clavecin

1 CD, Muso, 2017.

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