Cieux pour archiluth

par Loïc Chahine · publié lundi 20 février 2017 ·

C’est en 1718 que Giovanni Zamboni fait paraître un recueil de onze Sonate d’intavolatura di leuto (« Sonates en tablature de luth »). À ce moment-là, l’instrument est encore joué en Italie — Simone Vallerotonda signale par exemple la présence, au Teatro San Carlo de Naples, de deux luthistes jusqu’à la fin du xviiie siècle —, mais il ne suscite plus beaucoup de répertoire soliste dans la Péninsule — et c’est vers l’Allemagne qu’il faut se tourner, avec en particulier la musique de Sylvius Leopold Weiss, qui a d’ailleurs passé du temps en Italie entre 1708 et 1714 ; peut-être les deux virtuosi ce sont-ils rencontrés ?

Quoi qu’il en soit, ce Signore Zamboni devait être un personnage ; on n’est guère trop renseigné sur sa vie, sa date de naissance est inconnue ; Raniero Busoni le décrit comme « contrapuntiste de musique très habile et joueur très virtuose de théorbe, luth, clavecin, guitare diminuée, mandole, mandoline, et bon tailleur de pierres orientales ou joyaux ». En parler comme d’un “contrapuntiste”, en ce xviiie siècle, n’est-ce pas déjà dire qu’il semblait regarder vers le passé ? Récemment, l’ensemble Faenza nous a rappelé que Zamboni était également le compositeur de madrigaux.

Mais le langage des sonates de luth de Zamboni n’est nullement passéiste ; bien au contraire, il semble déjà se tourner un peu vers le style galant, faisant entendre un chant et une basse clairs, des mélodies pleines d’aménité, une harmonie efficace, souvent attendrissante et expressive mais guère ostentatoire.

Le jeu de Simone Vallerotonda non plus n’est pas ostentatoire ; il se distingue au contraire par sa maturité, sa profondeur, même. Le luthiste exalte le charme mélodique des œuvres. On admire la dextérité, on apprécie la précision du rythme, qui évite le rubato qui distend si souvent les interprétations de luth ; cette rigueur rythmique n’est jamais raideur : au contraire, tout cela est fort fluide, mais dans un cadre bien établi. Allemande, courante, sarabande, gavotte, gigue ne sont pas ici de vains mots, et l’esprit de la danse est bien évoqué — au loin, car cette musique n’appelle pas la danse, non (elle est trop libre pour cela), mais il y trouve ses appuis. Bref, la liberté et la fermeté, le charme et la tenue ; en termes de poésie, on dirait qu’il y a aussi bien la force des mots que la beauté de la versification. Et poétique, ce Zamboni l’est assurément, grâce à un toucher fin, doux, varié, comme un ciel sur un tableau de Canaletto, avec ses nuances de bleu et ses quelques nuages de divers blancs et gris.

Il y a, dans ses Sonate d’intavolatura di leuto, quelque mélancolie, certes, mais mêlée de tant de galanterie et de tendresse qu’elle n’a nulle dureté. De tout le disque émane en fait un doux sourire.

INFORMATIONS

Giovanni Zamboni, Sonate d’intavolatura di leuto

Sonates II, V, VI, VIII, IX et XI, fugue de la sonate VII.

Simone Vallerotonda, archiluth

1 CD, 61’55, Arcana, 2016.

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