Dante renaît à Saint-Étienne

par Laurianne Corneille · publié vendredi 22 mars 2019

Les 8, 10, 12 mars ont eu lieu à Saint-Étienne trois représentations de l’opéra Dante de Benjamin Godard. Cette œuvre magistrale et passionnante créée en 1890 à l'Opéra Comique n’avait pas été donnée depuis. Le Palazzetto Bru Zane a exhumé l’œuvre et en a produit l’enregistrement. Librement inspiré de la vie de Dante Aliegheri ainsi que d’une partie de son œuvre majeure, la Divine Comédie, le livret d’Édouard Blau insuffle une dimension épique à cette oeuvre, mêlant différents tableaux dans « une unité de temps étendue » selon les mots du metteur en scène Jean-Romain Vesperini.

Les décors de Bruno de Lavenère, une structure unique composée de colonnes, traversée par une passerelle et montée sur tournette, insufflent une force à la scénographie, traversant les personnages eux-mêmes. Ils accompagnant l’exil de Dante, son errance et le Passage vers le troisième acte, cœur de l’oeuvre, dans lequel a lieu la « rencontre » avec Virgile dans un songe aboutissant à la vision de l’Enfer et d’une partie du Paradis.

Ces deux « Lieux » sont saisissants et mouvants, servis par le Choeur Lyrique de Saint-Étienne Loire dont il convient de saluer l’importance récurrente au sein de l’oeuvre.

Notons au passage que les costumes de Cédric Tirado — aussi médiévaux que futuristes — sont réalisés sur place, une particularité de la maison.

Paul Gaugler, qui incarne Dante avec une grande élégance, garde sur l’ensemble de l’œuvre une vaillance qui force le respect dans ce rôle exigeant. Dans le rôle de Bardi, Jérôme Boutillier, est absolument traversé par le personnage, aussi sombre et hiératique dans sa fureur que lumineux dans sa rédemption : il incarne parfaitement cette dualité. Son timbre splendide happe littéralement par sa richesse et sa densité. Les rôles féminins ne sont pas en reste : Sophie Marin-Degor est une Béatrice admirable dont l’air final propose un équilibre parfait entre grâce et dignité. Et Aurhélia Varak est bouleversante en Gemma et inoubliable dans sa romance du dernier acte. Diana Axentii, dans le rôle de l’Écolier, est une très belle voix et faisait déjà partie de la distribution du disque.

Rien ne vient gâcher le plaisir à l’écoute d’une très belle diction pour l’ensemble de cette distribution et le chef, Mihhail Gerts, est aux véritablement aux petits soins.

La musique épique et romanesque de Godard, forte de l’héritage romantique allemand, se déploie à travers une orchestration française (entre Gounod et Massenet) véritable. Elle sert une vivacité de propos : Godard sait dire, raconter, donner des empreintes et des mélodies pleines de poésie aux situations et aux personnages sans les marquer d’un sceau indélébile. C’est-à-dire qu’il y a de la place pour l’interprétation, pour une mise en scène à « l’abstraction suggestive » (Vesperini).

Il en fallait de la force pour tenter de révéler une part de la majesté et du mystère de la Divine Comédie. Benjamin Godard était certainement de ceux qui pensent que les chefs-d’œuvre peuvent et doivent être arpentés avec courage.

INFORMATIONS

Dante de Benjamin Godard à l’opéra de Saint-Étienne. Représentation du 12 mars 2019.

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