Mort du claveciniste Nicolau de Figueiredo

par Loïc Chahine · publié mercredi 6 juillet 2016

Nous venons d’apprendre la mort, à l’âge de 56 ans, du claveciniste Nicolau de Figueiredo ce 6 juillet 2016. Il était né à São Paulo en 1960. Après avoir étudié le piano, le clavecin et la musique de chambre au Brésil, il arrive en Europe pour se perfectionner avec Lionel Rogg (orgue) et Christiane Jaccottet (clavecin) à Genève. Il rafle plusieurs prix en 1984, dont celui de Virtuosité à Genève et le Premier Prix des Concours Internationaux à Nantes. Puis, c’est avec Kenneth Gilbert, Gustav Leonhardt et surtout Scott Ross qu’il étudie ; il fut même, paraît-il, l’élève préféré de ce dernier. En 1999–2000, il est directeur de la classe d’opéra de la Schola Cantorum de Bâle.


Nicolau de Figueiredo avec Scott Ross

C’est à peu près au même moment qu’il est remarqué pour ses prestations au continuo auprès de René Jacobs, en particulier dans les premiers Mozart du chef gantois, Così fan tutte (Harmonia Mundi, 1999) et Le Nozze di Figaro (2004). Nous disons bien qu’il est remarqué, car rarement sans doute on aura entendu continuo, dans les récitatifs mozartiens, plus vif, plus pétillant. D’ailleurs, signe sûr, si son nom n’est que dans le livret du Così de 1999, pour Le Nozze, l’éditeur l’a indiqué au dos du coffret, entre le « Concerto Köln » et « dir. René Jacobs ».

C’est cette même personnalité relativement volcanique (du moins à son clavier) qu’il mettra au service de ses rares disques en solo. D’abord, un programme de 13 sonates de clavecin de Scarlatti, d’abord, chez Intrada, en 2006 ; c’est peu de dire que la K. 119 qui ouvre le disque est une explosion. Dans les pièces plus modérées ou lentes, Nicolau de Figueiredo a excellé à exprimer la densité, la tension, en tout cas le souffle, toujours palpitant, voire clamant (remarquable par exemple dans la K. 147). Ce Scarlatti, peut-être nous en rendons-nous davantage compte en l’écoutant dans ces circonstances tristes, est un disque qui n’est peut-être pas tant agité, comme il peut le paraître de prime abord, qu’inquiet, peut-être même angoissé.

Ses enregistrement se poursuivent chez Passacaille, avec d’abord un disque entièrement consacré à Antonio Soler (2008), invitant à découvrir quelques sonates de celui qui est surtout connu pour son Fandango — le disque culmine et s’achève avec ledit Fandango, dont Nicolau de Figueiredo livre une version de référence par sa maestria et son sens du caractère : rarement on aura si bien senti, dans cette pièce, la tension chorégraphique et sexuelle qu’implique le fandango en tant que danse ; sa version évoque, à la manière d’une ample hypotypose, le geste. Au reste, le choix judicieux des sonates réunies dans ce disque, leur variété, la finesse du jeu, en font sans doute une référence pour qui voudrait faire ses premiers pas (auditifs) chez le Padre Soler.

Suivront un Johan Christian Bach (2010) et un ultime Haydn (2012), mais surtout, entre les deux, un splendide recueil de sonates et menuets du portugais Carlos de Seixas (2011), confirmant ses affinités avec le répertoire ibérique, et tout aussi référentiel que son Soler. Il faut y ajouter, la même année, son seul disque en tant que chef, à la tête de l’Orquetra Barroca de Sevilla avec Carlos Mena, un très élégant (et envoûtant) Salve Regina de Domenico Scarlatti, accompagné d’airs chanté et de sonates (Prometeo, 2011).

Il avait déjà souffert d’un infarctus l’année dernière qui l’avait laissé dans un état de santé fragile. Comme l’écrit le magazine espagnol Scherzo, « nous n’exagérons pas en disant qu’avec la mort de Nicolau de Figueiredo disparaît l’un des plus grands génies du clavecin à notre époque » ; si nous n’employons la notion de génie qu’avec prudence, elle semble bien correspondre à ce claveciniste tout en fulgurances et en étincelles.

L’écouter

Scarlatti, Sonate en mi mineur K. 147.

Soler, Fandango.

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