Bach à la maison

par Loïc Chahine · publié vendredi 4 septembre 2015

Pour son édition 2015, à côté d’une programmation sur le thème de la farce, le festival de Sablé a choisi de proposer un cycle autour des claviers anciens, et de l’ouvrir par le plus discret, le clavicorde. Nous avons déjà évoqué cette atmosphère si particulière que peut créer un concert de clavicorde, atmosphère d’écoute où l’oreille, comme le disait si bien Marcia Hadjimarkos elle-même en ouverture de son concert, s’habitue progressivement comme l’œil dans la nuit ; ici, cet éther d’écoute s’installait immédiatement pour ne pas se rompre avant la fin, pas même sous le poids des applaudissements qui ont ponctué la fin de chaque suite. La musicienne, d’une voix douce mais assurée, en commençant par présenter l’instrument, a installé d’emblée un climat de familiarité dans la petite chapelle Saint-Laurent de Sablé-sur-Sarthe, d’une soixantaine de places.

Le mot est lâché : familiarité. Ce n’est pourtant pas celui qui s’impose le premier à l’esprit quand on pense à J. S. Bach, mais il est vrai que l’instrument, qui est assurément celui de la Hausmusik, s’y prête. Par ailleurs, le répertoire choisi n’y est pas pour rien : dans la mesure où elles sont moins exubérantes, moins virtuoses ausi que les Anglaises, les Suites dites françaises sont qualifiées par Michel Rusquet, dans le texte du programme, de « domestiques » — ce qui est d’ailleurs corroboré par la présence des cinq premières dans le Clavier-Büchlein pour Anna Magdalena. Ajoutons encore que Marcia Hadjimarkos a choisi pour ce concert les trois dernières, toutes en majeur, qui semblent baignées de lumière et témoigner d’un certain bien-être.

Il y a assurément, dans cette lecture, quelque chose non seulement d’intimiste, mais de tendre — d’irrésistiblement tendre. La sarabande de la quatrième suite est ici d’une rare sensibilité, tandis que celle de la sixième, plus grandiose peut-être, a l’air au début de faire le gros dos de manière un peu plaisante, pour explorer ensuite des affects plus dramatiques. Les allemandes ont l’air de préludes, sans le caractère impérieux qu’elles peuvent parfois prendre. La loure de la cinquième suite, très surprenante, est ici quasi incroyable. Tout cela semble couler de source, tant du point de vue de l’expression que du phrasé, de la ligne, de l’articulation, des dynamiques. Marcia Hadjimarkos s’octroie le luxe quelques ornements dans certaines reprises, ornements extrêmement bien sentis — et là encore, cela semble tout à fait opportun et délicieux…

L’heure de musique — complétée par deux danses de Bartók et une Children’s Song de Chick Corea — est non seulement pur enchantement, mais aussi, et c’est beaucoup plus rare, pure délectation. Ces trois dernières Suites françaises au clavicorde par Marcia Hadjimarkos font assurément partie de ces concerts où il fallait être ; et l’on se prend à rêver de retrouver un jour cette lecture d’une douce évidence au disque, pour se recréer ces moments précieux.

Évocation sonore

En attendant un éventuel enregistrement discographique, voici trois pièces jouées par Marcia Hadjimarkos pour France Musique, extraits du Magazine des Festivals du 25 août 2015.

Bach, Suite française en mi bémol majeur, Allemande.

Bach, Suite française en mi bémol majeur, Sarabande.

Chick Corea, Children’s Song.

INFORMATIONS

J. S. Bach, Suites françaises nos 4, 5 et 6, BWV 815 à 817.

Marcia Hadjimarkos, clavicorde.

Concert donné le mercredi 26 août dans le cadre du Festival de Sablé.

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