« Ces rois que l’univers admire »

par Loïc Chahine · publié dimanche 7 février 2016

Avec La Rêveuse, décidément, on n’est jamais déçu. Bien que portant un nom emprunté à Marin Marais et évoquant dès lors la musique française, l’ensemble a jusqu’ici relativement peu exploré la cantate française. Beaucoup d’œuvres, de fait, sont difficiles à défendre. Tel n’est pas le cas du Sommeil d’Ulysse d’Élisabeth Jacquet de La Guerre, où l’on se laisse porter par l’intrigue inspirée de l’Odyssée (quoiqu’assez survolée), et où chaque mouvement a été soigneusement dosé. Ainsi, le « Sommeil » qui donne son nom à la pièce s’arrête juste avant qu’il pût lasser — et juste assez, donc, pour être un vrai sommeil et susciter le calme après la tempête.

Le programme s’ouvrait avec une sonate pour violon et basse continue de la même « demoiselle de La Guerre ». Quel plaisir d’y retrouver Stéphanie Paulet ! Variété des attaques, finesse des nuances, souplesse des dynamiques, tout est là pour défendre avec brio cette musique qui peut paraître évidente au premier abord, mais qui est souvent plus subtile que la première impression le laisse à penser. On ne résiste pas à l’envoûtant air en rondeau, irrésistible de tendresse retenue.

« La Rêveuse » (de Marais) par La Rêveuse, c’est un peu le must. Rarement on aura entendu lecture d’une telle concentration. Certains ont pu dire à l’issue du concert qu’elle avait fait naître quelque chose qui allait au-delà du silence. Florence Bolton et Benjamin Perrot ont véritablement exprimé cette pièce tout en suspension, et l’ont amenée à évoquer un essoufflement du temps — comme si le temps lui-même ne leur résistait plus.

Avec la cantate Le Sommeil d’Ulysse, on retrouve quelque chose de plus « humain ». L’introduction pose immédiatement un cadre : évidemment, ça raconte quelque chose. L’éloquence est de chaque phrase, dans les airs comme dans les récits. Maïlys de Villoutreys possède, outre un timbre agréable et une technique évidemment sûre, d’évidents talents de narratrice. Elle connaît aussi l’art de répandre dans le chant mille petites inflexions indéfinissables — le je-ne-sais-quoi — qui le rendent infiniment vivant. Ajoutez à cela un continuo de rêve, la viole de Florence Bolton aussi souple et brillante que le violon de Stéphanie Paulet, le clavecin de Brice Sailly aussi généreux dans sa réalisation que le théorbe de Benjamin Perrot, et vous comprendrez aisément pourquoi l’on ne peut que regretter que La Rêveuse ne défende pas plus souvent le répertoire de la cantate française.

Car bien que l’équipe ne soit pas toujours composée exactement des mêmes membres, il faut croire que Florence Bolton et Benjamin Perrot, directeurs artistiques de l’ensemble, savent créer avec les musiciens dont ils s’entourent une espèce d’alchimie qui fait que même si les gens ne sont pas les mêmes — et sans, bien entendu, nier les qualités de chacun —, il y a bien au bout une « signature » La Rêveuse, dans la qualité du son comme dans celle du discours.

Non, décidément, avec La Rêveuse, il on n’est jamais déçu. Pour moi, aucun doute : c’est assurément l’une des meilleures versions de cantate que j’aie entendues, alors même que j’avais déjà écouté cette œuvre à plusieurs reprises, dans plusieurs interprétations, et que j’avais été un peu déçu. Ces musiciens auraient-ils la capacité de transformer tout ce qu’ils touchent en or ?

INFORMATIONS

Concert donné le samedi 6 février dans le cadre de la Folle Journée de Nantes.

La Rêveuse jouera à nouveau ce programme le dimanche 7 février à 10h45.

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