Le Triomphe de la Coquetterie

par Loïc Chahine · publié vendredi 11 septembre 2015

Ayant déjà présenté La Double Coquette à l’occasion du coffret Dauvergne-Pesson de l’ensemble Amarillis, on se contetera ici de quelques remarques sur la première française de la version mise en scène qui a été donnée dans le cadre du Festival de Sablé, après avoir déjà fait l’objet d’une tournée en Asie.

Tout d’abord, la musique a fait l’objet de plusieurs additions supplémentaires de Gérard Pesson, tissant encore plus étroitement le lien entre sa partition et celle de Dauvergne. Si l’on est heureux que le disque fasse une juste part à l’œuvre originelle, il faut reconnaître que pour la version live, ce lien plus étroit fonctionne particulièrement bien, et trouve même à la scène un surplus de sens, entrant par exemple en résonnance avec les costumes d’Annette Messager, résolument modernes — et amusants, d’ailleurs : celui de la Coquette, avec son boa en plastique, est particulièrement réussi. La réserve que nous avions émise à propos du prologue se maintient cependant : bien des gens, qui s’attendaient à une œuvre de 1753, ont été d’emblée surpris, ce qui n’est pas grave, mais aussi inquiets : est-ce que ça va être comme ça pendant une heure ? Toutefois, là encore, la mise en espace et le jeu scénique apportent une certaine légèreté à l’ensemble.

D’autre part, si Isabelle Poulenard semblait accuser quelques limites dans l’enregistrement, cela ne pose ici plus aucun problème — en salle, les choses sont souvent un peu différentes — et l’équilibre avec Maïlys de Villoutreys est bien meilleur. Les deux chanteuses maîtrisent manifestement la partition mais aussi le texte et sont toutes deux d’excellentes diseuses dotées d’un abattage en scène parfaitement jouissif. Robert Getchell semble plus réservé, mais la voix est toujours aussi agile et fine — le rôle, d’ailleurs, n’est pas facile à défendre théâtralement, puisque les additions de Pierre Alfieri au poème de Favart changent la donne : si Damon est originellement l’amant qui se repent et qui reprend sa première flamme, ici, son amoureuse le quitte et il se retrouve tout seul. Il a du coup davantage l’air du « méchant », et son inconstance est sans réel pardon — « il se croit léger », fait dire Alfieri à une des deux femmes, « et n’est que volage ».

Côté mise en scène ou mise en espace, on est en droit de penser que l’espace venait un peu à manquer aux déplacements des personnages. On aurait pu souhaiter aussi davantage de souplesse dans la direction d’acteur, et, peut-être, à défaut d’une réelle scénographie, un jeu d’éclairage plus développé.

Le vrai vainqueur de la soirée, c’est peut-être l’ensemble Amarillis, d’un enthousiasme communicatif — plus encore qu’au disque —, assez fort pour porter de bout en bout la double partition, comme d’un seul souffle quasi jubilatoire.

INFORMATIONS

La Double Coquette, musique d’Antoine Dauvergne et de Gérard Pesson, texte de Charles-Simon Favart et de Pierre Alferi.

Isabelle Poulenard, Maïlys de Villoutreys, sopranos,
Robert Getchell, ténor.

Ensemble Amarillis
Héloïse Gaillard & Violaine Cochard, direction.

Annette Messager, création des costumes
Fanny de Chaillé, mise en scène.

Spectacle donné le jeudi 27 août 2015 dans le cadre du Festival de Sablé.

Crédit photo : Marc Domage (1 & 2), Festival de Sablé (3).

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