Un shoot de Haydn

par Félin Sceptique · publié jeudi 25 février 2016 ·

On n’attendait sans doute pas l’Accademia Bizantina chez Haydn1, mais après tout, pourquoi pas ? Récemment, deux belles réussites ont été mises au crédit du Giardino Armonico, autre ensemble qui était tout aussi inattendu dans ce répertoire. Et ici aussi, on doit parler de réussite.

Les quatre symphonies choisies sont des œuvres de la maturité qui prennent place juste avant les symphonies « Parisiennes ». La 78, en ut mineur, a paru à Paris, chez l’éditeur Boyer, en 1782 ; les trois suivantes datent de 1784. La popularité de Haydn en Europe est alors grande, et va grandissant, au point que son contrat chez Esterházy stipule qu’il a droit de négocier avec des éditeurs pour vendre ses œuvres — situation assez exceptionnelle.

Les quatre symphonies sont également belles, toutes regorgent d’idées et de trouvailles, que ce soit en matière de thèmes (l’humour de Haydn transparaît souvent, par le jeu des accents placés avant le temps fort ou par les arrêts inopinés du flux mélodique), d’harmonie (David Threasher signale dans le livret du disque le début de la no 81, où, après avoir énoncer l’accord initial de sol majeur, Haydn, tout en gardant un sol répété pendant neuf mesures aux violoncelles, s’amuse à faire comme s’il allait vers do majeur) ou d’alliances des timbres (dans le Trio de la symphonie no 80, par exemple, le hautbois, le premier cor et les premiers violons jouent le thème sur un fond d’arpèges des seconds violons et des altos : l’effet est superbe). Rarement musique aura paru si spirituelle, à la fois si fine, si élégante et si vive. « Papa Haydn », dans ces œuvres composées autour de la cinquantaine, rayonne de vitalité.

De ces quatre symphonies, l’Accademia Bizantina livre une lecture aussi enthousiaste qu’équilibrée : la sonorité d’ensemble est belle, le phrasé toujours clair, les attaques variées, l’équilibre entre les parties admirable. On apprécie particulièrement la netteté, le caractère incisif du son. On a l’impression qu’entre l’Accademia et Haydn, il y a comme une évidence.

Ottavio Dantone comprend manifestement cette musique, sa structure, son fonctionnement interne, et excelle à les rendre. Ici, l’on entend très distinctement comment c’est fait ; on appréciera par exemple d’entendre très clairement les bassons et les altos, bien mis en valeur ; à l’écoute de cette lecture, on se dit que, tout de même, leur partie n’a pas été écrite pour rien ou pour faire du remplissage.

Certains accents, par endroits (par exemple dans le Finale de la 80, ou dans le Vivace initial de la 81), surprennent ; on se méfie, on se dit « ne serait-ce pas là encore une manie de baroqueux ? » en ajoutant à demi-mots « un peu trop excités » ; alors on se hâte de saisir la partition, et l’on peut observer qu’Ottavio Dantone fait ce qui est écrit : on lit souvent, en effet, l’indication sforzando. Il y a indéniablement, dans certaines pages, quelque chose de théâtral, voire (nous pensons au Vivace de la 81 une fois de plus) de quasi bel-cantiste. Cela n’empêche pas, au demeurant, la tendresse dans les mouvements lents — superbe morbidezza de l’Adagio de la 80.

Ottavio Dantone et l’Accademia Bizantina nous offrent là une lecture véritablement irrésistible : réjouissante, souvent brillante, parfois plus attendrissante, toujours enthousiasmante. Véritablement, cela devient une sorte de drogue — qui n’aurait pas d’effet négatif — à laquelle on revient souvent avec la confiance d’y retrouver son plaisir. Une valeur sûre.

Note

1. En réalité, l’ensemble avait déjà enregistré pour L’Oiseau lyre un programme de concertos.

Extrait

Symphonie no 79, I, Allegro con spirito

INFORMATIONS

Haydn : Symphonies nos 79–81

Accademia Bizantina
Ottavio Dantone, dir.

1 CD, 2016, Decca.

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