Éclats noirs et blancs

par Loïc Chahine · publié vendredi 9 mars 2018 · ¶¶¶

Après deux enregistrements à quatre mains, c’est carrément autour de deux pianos que se retrouvent Guillaume Bellom et Ismaël Margain pour un programme qui mêle les œuvres attendues dédiées à cette formation — la superbe Fantaisie-Tableaux de Rachmaninov — à des raretés, comme cet Andante et Variations pour deux pianos, deux violoncelles et cor de Schumann où les deux comparses sont rejoints par Yan Levionnois et Anthony Kondo aux violoncelles, et Julien Desplanque (cor).

Deux pianos, c’est généralement l’assurance d’un son encore plus roboratif, plus plein, plus enivrant. De fait, la Fantaisie-Tableaux, à partir et autour de laquelle ce programme s’est construit, séduit par sa richesse, par la virtuosité de la « Barcarolle » initiale qui virevolte sans jamais s’appesantir, qui suggère un certain lyrisme sans aucune lourdeur, par la profondeur jamais gouailleuse ou vulgaire de « La Nuit… L’amour », par la ferveur des cloques de « Pâques » (qui rappellent furieusement celles du couronnement de Boris Godounov de Moussorgsky). Un toucher argentin, une sonorité ronde et volontiers moelleuse, voilà de quoi ravir !

L’Andante et Variations de Schumann semble bien hybride à côté de ces équilibres suspendus. L’Andante lui-même s’avère plutôt réussi, les timbres se mêlent, se complètent, se prolongent… mais la suite de l’œuvre semble un peu bavarde — qualificatif qui semble assez éloigné de la majeure partie de la production schumannienne.

Les Variations sur un thème de Haydn op. 56b de Brahms sont d’une autre trempe. Le langage de Haydn s’y trouve mêlé à celui de Brahms, très patent, par exemple, dans la première variation. Ici, la cohésion acquise par les deux pianistes est un atout remarquable pour mettre en valeur les richesses de l’écriture. Dès l’exposition, nuances et articulations sont claires, affirmées, lisibles — qualités qui ne se démentiront pas par la suite. Toutefois, certaines variations ne parviennent pas, semble-t-il, à toucher leur but : la quatrième, engluée dans la rondeur du son, manque de profondeur expressive ; la sixième semble tourner à vide, quand la septième, elle s’avère bourrée d’un charme réjouissant.

Le Concertino pour deux piano op. 84 de Chostakovitch conclut le programme avec davantage de légèreté. Légèreté ? Teintée d’ironie, comme souvent chez Chostakovitch. Guillaume Bellom et Ismaël Margain y distillent un climat qui va du burlesque à l’inquiétant et développent une dramaturgie subtile qui laisse tout de même une belle part à la virtuosité.

INFORMATIONS

À deux pianos

Œuvres de Brahms, Schumann, Rachmaninov et Chostakovitch

Guillaume Bellom, Ismaël Margain, pianos
Julien Desplanque, cor
Yan Levionnois, Anthony Kondo, violoncelles

1 CD, 71’04, B-Records, 2017.

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