Zefiro ou l’excellence

par Loïc Chahine · publié mardi 12 decembre 2017 ·

L’orchestre de Dresde fut, pendant au moins une trentaine d’années au début du xviiie siècle l’un des plus fameux d’Europe. On y vit passer des virtuoses comme le violoniste Johann Georg Pisendel ; Johann Joachim Quantz, futur professeur de Frédéric II de Prusse et auteur d’un traité fameux, y découvrit la flûte traversière auprès de Pierre Gabriel Buffardin… Mais les anches n’étaient pas en reste, et sans doute le hautbois baroque y a-t-il connu l’âge d’or de sa production chambriste, avec les six sonates pour deux hautbois, basson et basse continue de Zelenka, mais aussi les quatre pour la même formation de Johann Friedrich Fasch… C’est dans cet univers que nous entraîne cette fois l’ensemble Zefiro, formation de référence dans le domaine de la musique baroque et classique pour vents.

Ayant déjà consacré un double album à celles de Zelenka, ce sont d’autres sonates pour deux hautbois, basson et basse continue qui ont ici revenu l’attention d’Alfredo Bernardini et de ses compagnons de route. On trouvera ainsi deux des sonates de Fasch, mais aussi une sonate de Quantz, une autre de Heinichen, une de Telemann ; des Italiens se mêlent à la fête, soit qu’ils aient envoyé directement da la musique à Dresde — c’est le cas de Vivaldi, représenté ici par sa sonate RV 801 —, soit qu’ils y vinrent en personne, comme Antonio Lotti. Signalons enfin Arcangelo Califano, dont, indique Alfredo Bernardini dans la notice du disque, on ne sait pas grand-chose, « si ce n’est qu’il jouait du violoncelle dans la Königliche Kapell- und Kammer-Musik dans les années 1733–1756 ». Bref, voici une belle représentation des « goûts mêlés » vantés par Quantz, où les séductions italiennes se mêlent aux développements germaniques.

Globalement, l’on peut dire que l’intérêt musical ne se dément pas au fil du disque, et sans doute le fait de puiser chez différents compositeur a-t-il permis l’écueil, souvent observé, d’enregistrer parfois, dans le but de faire l’intégrale d’un recueil, des œuvres qui peinent à passionner. L’on ne dira pas que chaque personnalité est aisément reconnaissable — mais avec un peu d’habitude, l’on reconnaît bien la patte vivaldienne dans la sonate en ut mineur, dans certains de ses traits en tout cas ; on ne reconnaît pas moins le goût de l’amusante séduction italienne chez Antonio Lotti, dans sa sonate en « échos » ; et l’on reconnaît encore la manie de Fasch pour les motifs relativement courts et diantrement efficaces, triturés dans tous les sens avec délectation.

L’efficacité semble être le maître-mot de ce disque, non pas qu’il se borne à des effets faciles — bien au contraire —, mais que les partitions elles-mêmes se prêtent davantage à d’aimables et galants affects qu’à des réflexions métaphysiques qui seraient hors de propos.

Justement, Zefiro trouve ici un ton de galanterie on ne peut plus de circonstance, évitant les effets qui sonneraient trop « concerto », trop démonstratifs, pour jouer avec beaucoup de finesse. On ne loue plus l’impeccable maîtrise technique, disons même la virtuosité des membres de l’ensemble ; on ne loue plus la cohésion, l’homogénéité de ces trois partenaires de quasi toujours que sont Alfredo Bernardini, Paolo Grazzi (s’échangeant çà et là les parties de hautbois I et de hautbois II) et Albreto Grazzi (au basson). Si dans l’ensemble, une certaine énergie prime, ce n’est jamais pour paraître forcée ou trop foudroyante — car une sorte de bienséance est toujours observée.

Les petites surprises harmoniques sont habilement mises en valeur, mais sans en faire trop : c’est un clin d’œil. On apprécie également le lyrisme dont certaines phrases amples savent se parer (comme dans le premier mouvement du quatuor en sol mineur de Fasch, ou encore dans le dernier mouvement du même quatuor, où une telle phrase s’élève avec douceur dans un environnement de traits virtuoses). On ne se délecte pas moins de la douceur élégiaque du Largo de la Sonata a quattro de Vivaldi, pleine de retenue.

Bref, on l’aura compris, tout mélomane amateur de hautbois, ou de musique du xviiie siècle, ou tout simplement curieux, se devra de jeter non pas une oreille, mais les deux, à cet enregistrement — ne lésinons pas sur les louanges — couronné par les grâces et le goût.

INFORMATIONS

Dresden

Sonates de Fasch, Quantz, Heinichen, Vivaldi, Telemann, Califano et Lotti.

Ensemble Zefiro
Alfredo Bernardini, Paolo Grazzi, hautbois
Alberto Grazzi, basson
Paolo Zuccheri, violone
Evangelina Mascardi, théorbe
Anna Fontana, clavecin

1 CD, 77’52, Arcana, 2017.

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