Amor, primavera e morte

par Wissâm Feuillet · publié jeudi 13 avril 2017 · ¶¶¶

Le madrigal italien est un genre à la mode au disque depuis quelques années, et à côté d’ensembles dont la réputation n’est pas ou plus à faire (comme la Compagnia del madrigale) émergent de petits ensembles qui sont loin d’être inintéressants et qui ont parfois de belles propositions à faire : nous pensons, par exemple, aux très talentueux Profeti della Quinta (pour Luzzachi et Rossi), et à l’ensemble récent, Voces Suaves, qui propose un premier disque aux éditions Ambronay.

Ce disque propose une anthologie de madrigaux de neuf compositeurs différents, dans une chronologie allant des années 1540 au tout début du xviie siècle, de Cipriano de Rore à Monteverdi. Autrement dit, il couvre une bonne partie de l’âge d’or du madrigal italien, donnant un assez bon aperçu de ce qu’il a été et de ce qu’il est devenu. Les madrigaux de Giaches de Wert et ceux de Lodovico Agostini, parmi les moins illustrés au disque, permettent de mieux connaître les madrigalistes des années 1550-70 ; quant à ceux de Monteverdi, ils montrent l’aboutissement de cette forme à la fin du xvie. Le choix des pièces de cette anthologie a donc sa pertinence ; toutefois, l’on peut regretter qu’elles ne soient pas mieux organisées. Un ordre chronologique aurait pu être souhaitable, pour rendre plus lisible l’évolution de la forme. L’on se demande, au fur et à mesure de l’écoute, ce qui a motivé l’ordre des pièces…

L’interprétation est soignée et équilibré. Les chanteurs de Voces Suaves maîtrisent la technique madrigalesque, avec en particulier un beau sens de la nuance, bien que l’on puisse regretter un peu trop d’homogénéité, un remplissage trop lisse. L’on souhaiterait, parfois, entendre un peu plus de basse ou de dessus, ou que les voix intermédiaires — souvent joliment ornées — sonnent davantage, pour souligner tel ou tel mot du texte, à l’image de ce que l’ensemble se montre capable de proposer dans « Sorgi e rischiara » de Wert. Si les artistes sont parfaitement engagés et musicaux, ils manquent à l’occasion d’un peu d’audace, notamment lorsqu’il s’agit de souligner une dissonance.

Voces Suaves a fait le choix d’interpréter certains madrigaux a capella et d’autres — les plus tardifs — avec l’accompagnement du théorbe (mais n’est-ce pas un archiluth ?). Cela n’est pas incohérent, mais nous aurions aimé, quitte à réaliser un continuo, qu’il soit un peu moins ténu, d’autant plus que l’ensemble, à géométrie variable, travaille avec plusieurs instrumentistes. Deux pièces jouées au théorbe seul sont intercalées parmi les pièces vocales : la première, une mise en tablature d’un madrigal de Cipriano de Rore, présente peu d’intérêt ; la seconde, une fameuse passacaille de Piccinini, est joliment interprétée et séduit immédiatement. Toutefois, l’on se demande la raison profonde de la présence de ces deux pièces : pourquoi deux ? pourquoi pas aucune ? pourquoi pas cinq ? On reste un peu sur sa faim, car elles font pâle figure à côté de l’abondance des madrigaux, et l’on se prend à penser qu’on en aurait aimé soit aucune, soit davantage !

L’on pourra s’offrir ce disque en fermant les yeux, sûr d’y trouver quelques beaux madrigaux méconnus qui valent le détour, bien servis, chantés avec goût. Le prochain disque de Voces Suaves sera attendu : l’on y espère des choix d’interprétation plus tranchés.

Extraits

« All’arm’all’arme » d’Agostini

« Hor si rallegri il Cielo » de Wert

INFORMATIONS

L’arte del madrigale

Madrigaux de Giaches de Wert, Cipriano de Rore, Carlo Gesualdo, Lodovico Agostini, Claudio Monteverdi, Luca Marenzio, Giovanni Giacomo Gastoldi, Luzzasco Luzzaschi et du duc Guglielmo Gonzaga.

Ensemble Voces Suaves

1 CD, 62’36, Ambronay, 2016.

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